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« On ne peut pas faire sans accord-cadre »

La crise du corona montre à quel point l’accord-cadre bilatéral pour la Suisse est plus important que jamais. La Suisse ne peut pas se permettre plus longtemps une situation instable en ce qui concerne son partenaire commercial le plus important. C’est pourquoi Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem, attend du Conseil fédéral un solide leadership et une conclusion rapide de l’accord.

Stefan Brupbacher, durant la crise du corona, l’accord-cadre bilatéral a disparu temporairement des médias. Le thème est-il réglé ?

Stefan Brupbacher : Non, bien au contraire ! L’accord est toujours décisif pour l’économie et pour notre pays. Les derniers mois ont montré à quel point il est important d’avoir un accès à un marché qui fonctionne et un rapport réglementé avec notre partenaire commercial le plus important qui est l’UE. Raison pour laquelle on ne peut pas faire sans accord-cadre bilatéral. De plus, le temps presse.

Vous dites que le temps presse. Pour quelle raison ?

Le monde risque de devenir instable à cause de la crise du corona et du conflit entre les USA et la Chine. En tant que pays fortement axé sur les exportations, la Suisse se trouve au milieu de cette tempête et est directement concernée par le renforcement des protectionnistes. D’ici la fin de l’année, nous nous attendons à quelques mois très difficiles et pour 2021 à une relance fragile. La dernière chose dont nous avons besoin est un conflit latent avec l’UE. L’industrie MEM vend 56% de ses produits dans l’UE. Un manque de sécurité juridique au niveau de l'accès au marché de l’UE freinerait la relance économique en Suisse. La période d’attente doit donc prendre fin. Après la votation sur l’initiative de résiliation, le Conseil fédéral doit clarifier les questions en suspens avec l’UE et conclure rapidement l’accord.

Un des reproches est que les États européens n’ont regardé que pour eux au cours de la crise. Vu ce contexte, pourquoi la Suisse devrait-elle prendre la voie bilatérale ?

Cette déclaration est fausse. Les contrats bilatéraux ont permis à la Suisse de prendre les mesures adéquates en rapport avec l’Europe. L’accord de Schengen prévoit explicitement la fermeture des frontières en cas de crise. La collaboration établie a en plus permis de régler rapidement les problèmes logistiques pour le trafic transfrontalier. Les techniciens de service suisses nécessaires d’urgence ont pu par exemple se rendre chez les clients européens. Les bilatérales n’ont donc pas été un obstacle, mais ont plutôt montré la voie. C’est pourquoi nous devrions absolument poursuivre la voie bilatérale avec l'accord-cadre.

Il existe une proposition selon laquelle la Suisse doit en contrepartie d’un accord-cadre avantageux participer au financement européen de la reconstruction suite au corona. Qu’en pensez-vous ?

L’accord-cadre profite aux deux parties, à la Suisse et à l’UE. C’est-à-dire que la Suisse constitue avec ses pays voisins une zone industrielle fortement imbriquée et donc un des centres économiques les plus forts d’Europe. Maintenant, fournir une prestation financière au préalable est faux. Il faut davantage que le Conseil fédéral clarifie les points en suspens. Ce n’est qu’au cours de la phase terminale du processus de clarification, qu’une telle offre pourrait avoir un sens - et encore.

Quels sont pour vous les prochaines étapes en rapport avec l’accord-cadre bilatéral ?

Plus on attend, plus l’insécurité et donc les dommages pour l’économie suisse seront grands. La crise du corona a donné à tort l’impression que le dossier désagréable n’était plus urgent. C’est dangereux. Nous ne pouvons pas nous permettre un report supplémentaire ni des fantaisies pour les concessions de l’UE dans les domaines essentiels de l’accord-cadre. Trois étapes sont nécessaires : pour commencer, l’initiative de résiliation de l’UDC doit être torpillée en septembre. L’approbation mettrait fin à la voie bilatérale. Puis, le Conseil fédéral doit clarifier avec Bruxelles les points encore en suspens concernant les aides d’État, les mesures d’accompagnement et la directive relative aux droits des citoyens de l’Union européenne - évidemment dans l’intérêt de la Suisse, mais avec un certain sens pour ce qui est possible et judicieux. Nous voulons des solutions pragmatiques qui préservent nos intérêts et qui ne nous fassent pas nous casser les dents sur des questions de principe comme le rôle de la Cour de justice européenne. Pour terminer, le Conseil fédéral doit soumettre l’accord au parlement. Il doit toutefois s’émanciper de l’opposition des syndicats et libérer la voie pour la votation populaire.

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