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Stefan Brupbacher : « Les accords bilatéraux garantissent des emplois »

Le 27 septembre, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative de résiliation de l’UDC. Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem, explique dans une interview pourquoi les accords bilatéraux sont indispensables pour les entreprises de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM).

Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem

La Suisse est une nation exportatrice. Les entreprises suisses vendent leurs produits et services innovants dans le monde entier. L’UE joue-t-elle vraiment un rôle aussi important que ce qui est est toujours prétendu ?

L’UE est le partenaire commercial le plus important. Elle le restera à l’avenir. L’industrie MEM exporte environ 80% de ses biens et services à l’étranger dont 56% prennent le chemin de l’UE. Le commerce avec l’UE est le pilier le plus important de la réussite économique de l’industrie. Il assure la prospérité et garantit des emplois en Suisse.

Pour l’UDC, la crise du corona met en évidence le fait que le marché du travail suisse doit être isolé et que la solution réside dans l’initiative de résiliation. Qu’en pensez-vous ?

Bien entendu, nous devons prendre au sérieux les craintes et les préoccupations de la population. Swissmem considère également que l’économie suisse est confrontée à un défi majeur et s’engage en faveur d’une reprise rapide. La branche MEM considère qu’il n’y a qu’un seul moyen d’assurer le succès durable de la place économique suisse : l’esprit d’entrepreneur, l’innovation et une Suisse connectée au monde. Cependant, l’initiative de résiliation produit l’effet contraire et n’est autre qu’une attaque frontale. En ces temps difficiles, il est irresponsable de jeter par-dessus bord le partenariat fructueux avec l’UE.

Vous faites allusion à la clause guillotine.

Oui. Si nous mettons fin à la libre circulation des personnes, les six autres accords des Bilatérales I seront également automatiquement annulés. L’initiative de résiliation enterre la voie bilatérale et l’exemple de réussite de la Suisse, ce qui n’est rien d’autre que négligent. Tant notre économie que la population bénéficient grandement des bonnes relations bilatérales entre la Suisse et l’UE. 88% des entreprises membres de Swissmem soulignent que les accords bilatéraux sont importants, voire indispensables, pour leur entreprise.

En vérité, ce que l’initiative exige n’est autre que des négociations entre Berne et Bruxelles en vue de supprimer la libre circulation des personnes. Quelles conséquences l’industrie MEM craint-elle ?

Le texte de l’initiative n’accorde que 12 mois à de telles négociations. Chacun sait que cela ne suffira jamais. Un oui à l’initiative de résiliation met donc un terme à la libre circulation des personnes avec les pays de l’UE/AELE d’ici octobre 2021 au plus tard - et avec elle l’ensemble des accords bilatéraux I. Les dommages économiques causés à l’industrie MEM seraient fatals. Nos entreprises perdraient le droit d’accéder à part égale au marché de l’UE et aux quelque 450 millions de clients. Les produits homologués en Suisse ne seraient plus automatiquement admis dans l’UE. La Suisse ne pourrait plus participer aux programmes-cadres de recherche européens. En réalité : si notre industrie veut continuer à prospérer, elle a besoin des accords bilatéraux.

Les entreprises de l’industrie MEM suisse ne pourraient-elles plus exporter vers l’Europe sans les accords bilatéraux ?

Elles le pourraient. Mais les conditions seraient nettement moins bonnes. Les entreprises suisses devraient par exemple faire certifier encore une fois leurs produits et prestations afin qu’elles puissent les commercialiser et les vendre dans l’UE. Tout cela coûte beaucoup d’argent. Et ces coûts renchérissent les exportations de la Suisse. Nos entreprises, qui sont déjà aux prises avec un franc élevé, seraient ainsi encore plus désavantagées par rapport à leurs concurrents directs des pays voisins. Elles devront examiner très attentivement s’il vaut la peine de continuer à produire et à investir en Suisse si elles veulent continuer à vendre leurs produits et services dans l’UE.

Quelle est l’importance de la libre circulation des personnes pour l’industrie MEM afin de pouvoir occuper les postes vacants ?

Pour l’industrie suisse, la libre circulation des personnes représente une sorte de réassurance. Nos entrepreneurs veulent en priorité recruter de la main-d’œuvre spécialisée en Suisse. Grâce à la stratégie de la main-d’œuvre qualifiée de Swissmem et au soutien des offices régionaux de placement, les entreprises exploitent mieux le potentiel des femmes, des jeunes collaborateurs et des collaborateurs d’un certain âge. Néanmoins, il arrive que des profils individuels ne soient pas trouvés en Suisse. C’est alors que la libre circulation des personnes entre en jeu. Elle permet aux entreprises de recruter rapidement et sans bureaucratie des personnes de l’UE. Ces spécialistes apportent un précieux savoir-faire à la Suisse et renforcent l’espritd’innovation des entreprises.

La branche MEM est très fortement représentée en Suisse orientale. De nombreuses entreprises y sont implantées. Quels effets l’adoption de l’initiative aurait-elle sur la place industrielle locale ?

Les entreprises engagées dans la construction de machines et la métallurgie sont particulièrement bien représentées en Suisse orientale. Je pense notamment à la vallée du Rhin saint-galloise avec ses nombreuses entreprises high-tech performantes ou aux leaders du marché mondial comme Bühler, Stadler, Geberit et Leica, domiciliés dans cette région. Si les accords bilatéraux I sont supprimés, ces entreprises n’auraient plus l’occasion de participer au marché intérieur de l’UE. Certaines entreprises seraient contraintes de délocaliser leur production dans un pays de l’UE et de cesser leurs investissements en Suisse. Cela aurait de graves conséquences pour l’ensemble de la place économique de la Suisse orientale. Prospérité et emplois seraient fortement touchés si l’initiative était adoptée.

Quelles sont vos préoccupations principales concernant l’adoption de l’initiative de résiliation ?

La voie bilatérale garantit non seulement le succès économique, mais aussi de nombreux emplois en Suisse. L’industrie MEM occupe plus de 325 000 personnes en Suisse. Un emploi sur trois dépend directement de commandes provenant de l’UE. Cela concerne 142 000 personnes. L’initiative de résiliation met en danger ces emplois, ce qui est irréfléchi. Mais il n’y a pas que des emplois qui sont en jeu. Nombre de nos entreprises investissent fortement dans la recherche et le développement. Elles collaborent étroitement avec les hautes écoles. Ce n’est pas par hasard si les Suisses sont considérés comme les champions du monde de l’innovation. Quiconque expulse délibérément l’industrie porte également préjudice au pôle de recherche suisse. À moyen terme, ceci nuit fortement à la Suisse.

Pensez-vous que l’initiative a une chance d’être acceptée ?

Je fais confiance au peuple suisse pour qu’il dise clairement « non ». Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons poursuivre la voie bilatérale avec succès. Mais l’initiative est menaçante. C’est pourquoi je motive les entrepreneurs de Suisse orientale à exprimer publiquement leur refus de l’initiative. Un « non » à cette initiative préjudiciable est essentiel pour l’industrie d’exportation.

L’entretien a été mené par Jan Riss, collaborateur scientifique de la Chambre de commerce et d'industrie St.Gallen Appenzell et publié sur son site et dans le magazine IHKfacts

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