La sécurité concerne tout le monde. Il ne s’agit pas d’une position idéologique, mais d’une tâche fondamentale de l’État. C’est précisément là que Maja Riniker critique la LFMG actuelle. Dans le dernier TecTalk, l’ancienne présidente du Conseil national constate que le durcissement de la LFMG en 2021 n’a pas conduit à une sécurité accrue, mais à l’inverse : la Suisse n’est plus considérée comme un fournisseur fiable de biens d’armement par ses principaux partenaires. Des pays comme l’Allemagne, le Danemark ou les Pays-Bas ne prennent plus en considération les fournisseurs suisses, car, en cas de crise, ils ne peuvent compter ni sur des pièces de rechange ni sur des réexportations.
Sans industrie de la défense, pas de sécurité
Le problème réside d’une part dans l’interdiction stricte de réexportation imposée par la Suisse et, d’autre part, dans le fait qu’en cas de crise, la Suisse n’est plus autorisée à approvisionner ses États partenaires, même en pièces de rechange pour les systèmes achetés auparavant en Suisse. C’est pourquoi même les partenaires les plus proches se détournent de la Suisse – avec des conséquences graves, notamment pour la Suisse elle-même, comme le souligne Maja Riniker dans le TecTalk.
En effet, sans les achats d’équipements de défense effectués par d’autres pays, ce secteur d’activité s’effondrerait en Suisse. En cas de crise, les autres pays ne seraient plus dépendants de la Suisse en tant que fournisseur. Inversement, la Suisse ne recevrait alors plus aucun équipement de défense de l’étranger. Conséquences : sans base industrielle ni partenaires étrangers, l’armée suisse ne serait pas en mesure d’assurer la défense du pays en cas d’urgence.
Le démantèlement a déjà commencé
La Suisse dépend donc des chaînes d’approvisionnement internationales et n’est un acheteur fiable que lorsqu’elle livre elle-même. Quand on n’a rien à apporter, on perd son pouvoir de négociation. C’est précisément cette interdépendance qui est essentielle pour l’approvisionnement en temps de crise.
La LFMG de 2021, néfaste, fait déjà sentir ses effets : les chaînes de production sont délocalisées à l’étranger, les investissements sont suspendus, les fournisseurs et les entreprises produisant des biens à double usage perdent leur accès aux chaînes d’approvisionnement européennes. Des compétences hautement spécialisées dans des domaines tels que la technologie des capteurs, la mécanique de précision, la technologie des drones ou la communication risquent d’être perdues à jamais, explique Maja Riniker. Ces dommages ne sont pas réversibles à court terme : une fois délocalisées, les capacités de production et les chaînes d’approvisionnement bien rodées ne reviennent pas.
Votation prévue en 2026
Dans le TecTalk, Maja Riniker résume bien la situation : la neutralité ne doit pas être confondue avec l’isolement. Et la révision proposée de la LFMG n’implique en aucun cas un automatisme pour les exportations : le Conseil fédéral dispose toujours d’un droit de veto dans les situations exceptionnelles. Ainsi, le contrôle politique est préservé, tandis que la Suisse retrouve sa crédibilité en matière de politique de sécurité.
Pour toutes ces raisons, Maja Riniker, tout comme Swissmem, s’engage en faveur de la nouvelle LFMG, qui devrait être soumise à votation à l’automne ou à la fin de l’année 2026.
TecTalk, le podcast et vidéocast de l’industrie tech suisse
La guerre en Ukraine inquiète l’Europe, Donald Trump aussi, les pays membres de l’OTAN sont menacés. Au milieu, la Suisse, pays neutre, qui souhaite avant tout rester indépendante. C’est précisément pour cette raison que la Suisse a besoin d’une nouvelle loi sur le matériel de guerre : pour mieux se protéger. Maja Riniker, ancienne présidente du Conseil national, explique en exclusivité dans le TecTalk les tenants et aboutissants de cette question.