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« L’Allemagne continuerait d’être approvisionnée même en cas de guerre »

Selon l’ambassadeur allemand à Berne, la révision de la loi sur le matériel de guerre n’apporte que peu ou rien au pays voisin. Stefan Brupbacher n’est pas d’accord.

Après près de quatre ans de dĂ©bats politiques, le Parlement s’est mis d’accord en dĂ©cembre sur un assouplissement de la loi sur l’exportation de biens d’armement suisses. Un rĂ©fĂ©rendum contre cette mesure a Ă©tĂ© annoncĂ© par la gauche. Pour les partis bourgeois, cependant, une chose est claire : cette adaptation est nĂ©cessaire pour prĂ©server l’industrie suisse de la dĂ©fense. Des pays partenaires comme l’Allemagne ont dĂ©clarĂ© Ă  plusieurs reprises qu’en raison des règles restrictives en matière d’exportation, ils ne souhaitaient plus acheter que des armes « Swiss free Â». La rĂ©vision doit permettre de rĂ©tablir la confiance.

Cependant, le nouvel ambassadeur allemand à Berne, Markus Potzel, a clairement indiqué dans une interview accordée à la NZZ que, du point de vue de Berlin, la révision de la loi sur le matériel de guerre ne changeait pas fondamentalement la situation. Selon lui, l’Allemagne n’a toujours aucune garantie qu’elle pourra réellement disposer librement des armes achetées à la Suisse. Le directeur de Swissmem, Stefan Brupbacher, n’est pas d’accord.

Monsieur Brupbacher, qu’est-ce qui ne vous semble pas correct dans les dĂ©clarations de l’ambassadeur allemand Markus Potzel ?

Stefan Brupbacher: À notre avis, l’affirmation selon laquelle la révision de la loi sur le matériel de guerre (LFMG) n’apporte rien à l’Allemagne est fausse. Cette révision prévoit que les États destinataires pourront à l’avenir disposer librement des armes provenant de Suisse. La restriction relative à la non-réexportation, selon laquelle les marchandises achetées auprès de fabricants suisses ne peuvent être revendues, est supprimée. Le prédécesseur de l’ambassadeur Markus Potzel avait critiqué ce point dans l’ancienne loi restrictive sur le matériel de guerre. Avec cette révision, la Suisse redevient un partenaire fiable et prévisible pour des pays comme l’Allemagne.

Berlin ne voit manifestement pas les choses de la mĂŞme manière : l’Allemagne est particulièrement prĂ©occupĂ©e par le droit de veto du Conseil fĂ©dĂ©ral, et Berlin ne sait pas comment le gouvernement utilisera cet instrument Ă  l’avenir, dĂ©clare l’ambassadeur Potzel.

Avant toute exportation, le Conseil fédéral vérifie si le pays destinataire est digne de confiance et si les armes livrées ne risquent pas d’être transmises à un régime de non-droit – tel que la Corée du Nord. En cas de doutes sérieux, il n’accorde pas d’autorisation d’exportation ou peut, à titre exceptionnel, exiger une déclaration de non-réexportation. Dans un État de droit comme l’Allemagne, qui est en outre l’un de nos partenaires les plus proches, je considère qu’un tel cas est exclu.

Néanmoins, l’Allemagne ne peut pas acheter d’armes en Suisse dans l’intention claire de les transférer à l’Ukraine, par exemple. Le Conseil fédéral devrait alors opposer son veto pour des raisons liées au droit de la neutralité. Berlin ne peut donc pas disposer librement dans tous les cas du matériel de guerre acheté.

L’Ukraine est un cas particulier, pour lequel aucun accord n’a pu être trouvé au Parlement. Il serait erroné de réduire la révision à ce conflit.

Mais c’est à cause de ce cas qu’une majorité du Parlement a initialement voulu assouplir la loi.

L’Ukraine a Ă©tĂ© le dĂ©clencheur, pas la cause rĂ©elle. Le facteur dĂ©terminant est le changement de la situation gĂ©opolitique depuis la guerre d’agression russe. Beaucoup de nos partenaires – dont la plupart sont des pays membres de l’OTAN – Ă©mettent actuellement de sĂ©rieuses rĂ©serves quant aux livraisons d’armes en provenance de Suisse. En particulier si l’OTAN devait invoquer la clause de dĂ©fense mutuelle et que tous les membres se trouvaient en Ă©tat de guerre. C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  qu’entre en jeu la rĂ©vision : les États tels que l’Allemagne, qui appliquent un rĂ©gime d’exportation Ă©quivalent, doivent pouvoir ĂŞtre approvisionnĂ©s mĂŞme s’ils sont en conflit armĂ©, pour autant que le Conseil fĂ©dĂ©ral ne considère pas que cela porte atteinte aux intĂ©rĂŞts de la Suisse en matière de politique Ă©trangère, de sĂ©curitĂ© ou de neutralitĂ©.

Le Conseil fédéral a toujours souligné que si, lors d’un achat, des raisons liées au droit de la neutralité s’opposaient à une livraison, la Suisse ne livrerait pas. Peu importe ce que dit la loi sur le matériel de guerre.

Nous dĂ©fendons une autre interprĂ©tation. Au cours de son histoire, la Suisse a toujours dĂ» tenir compte de diffĂ©rents intĂ©rĂŞts : neutralitĂ©, politique Ă©trangère, sĂ©curitĂ©. Par exemple, la Suisse a continuĂ© Ă  approvisionner les États-Unis pendant la guerre en Irak. Chaque pays doit ĂŞtre en mesure de peser le pour et le contre dans de telles situations difficiles. La loi sur le matĂ©riel de guerre donne dĂ©sormais au Conseil fĂ©dĂ©ral cette possibilitĂ©, y compris explicitement pour les pays en conflit. Ce n’est pas sans raison que la loi parle dĂ©sormais d’« intĂ©rĂŞts en matière de politique Ă©trangère, de sĂ©curitĂ© ou de neutralitĂ© Â». Cette formulation crĂ©e dĂ©libĂ©rĂ©ment une certaine flexibilitĂ©.

Vous pensez donc que la Suisse continuerait Ă  approvisionner l’Allemagne si ce pays Ă©tait en guerre ?

J’en suis convaincu. L’Allemagne est l’un des partenaires les plus proches de la Suisse. De plus, si l’OTAN était attaquée, le conflit se déroulerait à seulement quelques centaines de kilomètres de la frontière suisse. La Suisse aurait alors tout intérêt à rester un maillon fiable des chaînes d’approvisionnement européennes, plutôt que de s’isoler. Sinon, nous serions sans défense en cas d’attaque.

Ces diffĂ©rentes interprĂ©tations ne posent-elles pas justement problème pour des pays partenaires comme l’Allemagne ?

En matière de politique de sĂ©curitĂ©, notre position est claire : la Suisse doit ĂŞtre en mesure d’empĂŞcher toute attaque contre son propre territoire. Cependant, aucun État n’est plus en mesure de fabriquer et d’exploiter de manière totalement autonome des systèmes d’armes modernes. Cela signifie que, mĂŞme en tant que pays neutre, nous avons besoin de partenaires proches comme l’Allemagne. Sans cette coopĂ©ration, notre propre capacitĂ© de dĂ©fense n’est aujourd’hui plus garantie.

Source : NZZ
PubliĂ© le 21 janvier 2026

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Dernière mise à jour: 02.03.2026