Page d’accueil Connaissances Surmonter les crises avec succès : ce que l’industrie peut apprendre de l’aviation
Interlocuteur  Philip Hauri Philip Hauri
Directeur Next Industries
philip.haurinoSpam@nextindustries.ch
Partager

Surmonter les crises avec succès : ce que l’industrie peut apprendre de l’aviation

Les incertitudes géopolitiques, les évolutions technologiques et les attentes croissantes des clients mettent les entreprises plus que jamais à rude épreuve. Comment conserver sa capacité d’action, même dans un environnement en constante évolution ? Léa Wertheimer, Head of Corporate Communications chez Swiss et intervenante au Forum de l’industrie 2026, évoque dans cette interview les crises, la numérisation et le rôle déterminant de la communication.

Les entreprises sont aujourd’hui soumises à une forte pression liée au changement, des incertitudes géopolitiques aux mutations technologiques. Quels sont les défis auxquels vous êtes particulièrement confrontée dans le cadre de votre fonction chez Swiss ?

Léa Wertheimer : Nous sommes, au sens propre du terme, un secteur volatil. Les conflits géopolitiques, les phénomènes météorologiques, les grèves, les incidents techniques ou les décisions réglementaires prises à l’autre bout du monde peuvent avoir des répercussions sur nos opérations en l’espace de quelques minutes ou de quelques heures. Notre cellule de crise est sollicitée en moyenne une fois par semaine. Cela nous a appris à réagir rapidement.
Aujourd’hui, le véritable défi ne consiste toutefois plus à élaborer le plan parfait, mais à mettre en place une organisation capable de s’adapter en permanence aux nouvelles réalités sans perdre de vue son objectif. Aujourd’hui, la réactivité seule ne suffit plus. Ce qui est déterminant, c’est l’agilité, c’est-à-dire la capacité à s’adapter en permanence à de nouvelles circonstances, à redéfinir les priorités tout en continuant à fournir des prestations de manière fiable.

Qu’est-ce qui distingue les entreprises qui se contentent de rĂ©agir aux crises de celles qui en sortent grandies ?

LW : Une crise met impitoyablement en lumière les forces et les faiblesses d’une entreprise. C’est pourquoi les entreprises qui rĂ©ussissent investissent, bien avant la crise, dans la confiance, la dĂ©finition claire des responsabilitĂ©s et des processus dĂ©cisionnels efficaces. Commencer Ă  mettre de l’ordre dans le cockpit alors que la tempĂŞte fait dĂ©jĂ  rage fait perdre un temps prĂ©cieux.

Toutes les crises ne peuvent pas ĂŞtre Ă©vitĂ©es. Ce qui compte, c’est la manière dont nous gĂ©rons l’inĂ©vitable. Dans le domaine de l’aviation, nous avons appris que la sĂ©curitĂ© ne peut ĂŞtre assurĂ©e que si les erreurs ne sont pas dissimulĂ©es, mais comprises. C’est le principe de la just culture (culture positive de l’erreur) : elle permet d’apprendre des Ă©checs plutĂ´t que de chercher des coupables. C’est ce que j’appelle le successful failure : ne pas aggraver une crise par de mauvaises dĂ©cisions ou une mauvaise communication, mais au contraire la contenir, en tirer des leçons et en sortir plus forts.

Quelles expĂ©riences ou quels principes issus de votre organisation sont Ă©galement pertinents pour les entreprises industrielles ?

LW : Le secteur aĂ©rien sait bien gĂ©rer la complexitĂ©. Il est essentiel, Ă  cet Ă©gard, de tirer systĂ©matiquement les leçons des erreurs ou des irrĂ©gularitĂ©s, d’impliquer systĂ©matiquement les spĂ©cialistes et de s’entraĂ®ner rĂ©gulièrement Ă  gĂ©rer les crises. Trois principes sous-tendent cette approche :

  • Premièrement, le crew resource management. Il dĂ©signe la capacitĂ© Ă  mobiliser l’ensemble des connaissances d’une Ă©quipe. Les bonnes dĂ©cisions ne naissent pas lĂ  oĂą une seule personne sait tout, mais lĂ  oĂą chacun peut apporter ses connaissances et oĂą les retours critiques sont expressĂ©ment les bienvenues.
  • Deuxièmement, la just culture. Nous ne nous demandons pas : qui est responsable ? Pour nous, l’essentiel est de comprendre : pourquoi cela s’est-il produit ? C’est seulement ainsi qu’une erreur peut devenir une occasion d’apprendre pour l’ensemble de l’organisation.
  • Et troisièmement, une gestion professionnelle des crises. Nous avons activĂ© 102 cellules de crise en deux ans et demi. Cette expĂ©rience nous a appris qu’une bonne gestion de crise commence bien avant la crise, grâce Ă  des processus clairs, des Ă©quipes bien rodĂ©es et des formations rĂ©gulières.

Chez Swiss, oĂą constatez-vous que la numĂ©risation apporte une valeur ajoutĂ©e concrète, que ce soit pour les collaborateurs et collaboratrices, la clientèle ou l’organisation dans son ensemble ?

LW : La numĂ©risation est rĂ©ussie lorsqu’on ne la remarque plus. Lorsque les collaborateur/rices peuvent prendre des dĂ©cisions plus rapidement, que les client/es ont moins de dĂ©marches Ă  effectuer et que les processus en arrière-plan sont simplifiĂ©s. La technologie doit permettre de rĂ©duire les frictions dans le système.
Aujourd’hui, nous vivons cela dans de nombreux domaines. L’intelligence artificielle nous aide Ă  accomplir plus efficacement les tâches routinières et Ă  soulager le personnel. Dans le mĂŞme temps, de nouvelles opportunitĂ©s se prĂ©sentent : les avions modernes peuvent, par exemple, transmettre en tem
La numérisation permet ainsi non seulement de gagner en efficacité, mais aussi d’améliorer la sécurité et l’expérience client.

La numĂ©risation est rarement un simple changement technologique. Quel rĂ´le jouent la communication, le leadership et la culture d’entreprise dans la rĂ©ussite d’une transformation ?

LW : Tout changement suscite d’abord une Ă©motion, avant de faire l’objet d’une rĂ©flexion rationnelle. L’incertitude est une Ă©motion – et les Ă©motions ne disparaissent pas avec une prĂ©sentation ou un e-mail collectif.
C’est pourquoi il ne suffit pas de communiquer des faits. Les gens veulent comprendre ce que ce changement implique pour leur quotidien. Ils souhaitent pouvoir poser des questions et être pris au sérieux.
C’est précisément pour cette raison que la communication et le leadership ne sont pas de simples mesures d’accompagnement d’une transformation. Ils sont partie intégrante de la transformation. Les faits sont source de savoir. La communication instaure la confiance. Et c’est la confiance qui détermine si les gens adhèrent au changement.

Ă€ quoi les participant/es peuvent-ils s’attendre lors de votre intervention au Forum de l’industrie 2026 – et quel message souhaitez-vous leur transmettre ?

LW : Quel est le rapport entre un Boeing immobilisĂ© dans l’herbe et une gestion d’entreprise efficace ? Plus que ce qu’on pourrait penser au premier abord. Ă€ partir d’un cas rĂ©el, je montrerai pourquoi une crise peut malgrĂ© tout connaĂ®tre une issue positive et pourquoi je suis convaincue que la perfection n’est pas un objectif rĂ©aliste. Ce qui compte, c’est ce que nous faisons d’une situation difficile.

Le 13e Forum de l’industrie - Next Industries

Inscrivez-vous dès maintenant ! Le 13e Forum de l’industrie, intitulĂ© « MaĂ®triser les crises – exploiter le potentiel de la numĂ©risation », aura lieu le 22 septembre 2026 Ă  Brugg. 

Programme et inscription

Ces articles peuvent vous intéresser

Dernière mise à jour: 25.08.2026