Quels ont été les thèmes les plus pressants pour l’industrie tech suisse ?
Stefan Brupbacher : Il convient tout d’abord de souligner que pour l’industrie tech suisse, qui repose sur des PME actives à l’échelle mondiale, le WEF de Davos n’a pas d’impact direct sur les activités opérationnelles. Ce sont plutôt les impulsions politiques et géopolitiques qui en émanent qui sont déterminantes.
En ce sens, l’intervention du président américain Donald Trump a été centrale. Son discours a montré sans équivoque que l’ordre mondial multilatéral tel que nous le connaissions jusqu’à présent est de facto enterré et que c’est désormais la loi du plus fort qui prévaut de plus en plus. Ce signal d’alarme était prévisible : Swissmem met en garde contre cette évolution depuis des années. Avec le débat ouvert sur le Groenland, cette réalité devrait désormais être claire même pour les derniers sceptiques.
Mais l’industrie tech ne s’intéresse pas en premier lieu aux grandes orientations politiques mondiales. Nous avons donc consacré nos discussions sur place à des défis concrets tels que la suppression des entraves techniques au commerce (par exemple en Inde), l’accès à des débouchés importants, la sécurisation des investissements ou encore la stabilité des chaînes d’approvisionnement. Les questions relatives à la réglementation technique, aux normes et aux certifications, qui jouent un rôle de plus en plus déterminant dans l’accès au marché, ont également occupé une place centrale.
Des succès tangibles ont-ils pu être obtenus en dehors de la grande scène politique?
Nous avons réalisé deux avancées importantes pour l’industrie tech suisse.
Premièrement, l’Inde a éliminé une barrière commerciale technique majeure en supprimant le « Scheme X » du BIS (Bureau of Indian Standards). La réglementation en vigueur jusqu’à présent exigeait des contrôles de conformité complexes, parfois redondants, pour de nombreux produits industriels. Leur suppression facilite sensiblement l’accès au marché et renforce l’accord de libre-échange AELE-Inde récemment entré en vigueur. Lors des entretiens avec le ministre du DPIIT (Department for Promotion of Industry and Internal Trade) Amardeep Singh Bhatia, la partie suisse a une nouvelle fois souligné l’importance des conditions-cadres politiques en Inde. J’ai pu affirmer lors d’une table ronde, en toute bonne conscience je pense :
« If you make swift and reliable decisions, you will have the hearts, minds and the money of the Swiss. » (« Si vous prenez des décisions rapides et fiables, vous gagnerez le cœur, l’esprit et l’argent des Suisses. »)
Deuxièmement, la table ronde sur l’Ukraine a montré qu’il existe un besoin concret en technologie suisse pour la reconstruction, notamment dans les domaines des infrastructures énergétiques, du traitement et de la distribution de l’eau, des transports et de la logistique, ainsi que des installations industrielles et de la planification. La conclusion du traité international est décisive pour permettre à une large base d’entreprises suisses de s’engager. Swissmem poursuit son travail visant à mettre en réseau l’industrie tech suisse avec les autorités publiques et les partenaires internationaux et à faciliter la réalisation de projets concrets.
Quelle est la position de l’industrie tech suisse dans la situation géopolitique actuellement confuse après cette rencontre entre les grands de la politique et de l’économie du monde entier ?
Le WEF 2026 a clairement montré que nous sommes dans une phase de transition de l’ordre mondial : nous passons d’un monde multilatéral fondé sur des règles à la formation de blocs, à la politique de puissance et à la régionalisation économique. Pour la Suisse, pays exportateur et à la pointe de la technologie, la situation est certes difficile, mais pas désespérée.
Sur le plan géopolitique, la Suisse se trouve entre les blocs de pouvoir, sans en faire partie elle-même. Mais c’est précisément là que réside sa force. Notre industrie tech est interconnectée à l’échelle mondiale, innovante et intégrée dans les chaînes de création de valeur mondiales. Elle dépend de marchés ouverts, de règles fiables et de partenariats stables. Le WEF l’a montré : ces conditions cadres ne vont plus de soi.
Pour l’industrie tech suisse, cela signifie trois choses :
- L’accès au marché détermine la compétitivité : des marchés ouverts et des accords de libre-échange qui fonctionnent sont essentiels. La Suisse doit miser sur une stratégie de libre-échange diversifiée sur différents marchés.
- La sécurité dans la planification devient une denrée rare : les entreprises ont besoin de conditions-cadres stables et prévisibles en matière d’accès au marché, de réglementation et de commerce afin de pouvoir planifier de manière judicieuse leurs investissements, leurs chaînes d’approvisionnement et leurs sites de production. Or cela devient de plus en plus difficile.
- Les décisions en matière de politique industrielle gagnent en importance : la sécurité, l’énergie, les infrastructures et la souveraineté technologique relèvent de plus en plus de la sphère d’influence des gouvernements. L’industrie tech sait habilement naviguer entre ces différents champs de tension.
Et maintenant ?
Il n’est guère surprenant que cette question ne puisse être résolue en quelques phrases. C’est pourquoi nous consacrerons la Journée de l’industrie Swissmem de cette année aux perspectives géopolitiques et économiques.
Petit poisson dans l’océan de l’économie mondiale, la Suisse montre que la force ne dépend pas de la taille – mais de l’agilité, de la capacité d’innovation et de la persévérance.
Intitulée « Entre puissances et marchés », la Journée de l’industrie se tiendra le 23 juin 2026 au Congress Center de Bâle.
Elle mettra en lumière la coexistence entre petits et grands sous différents angles : l’accent sera mis d’une part sur l’interaction entre les PME, les grandes entreprises et les start-up – de la capacité d’innovation aux effets d’échelle, de la pénurie de ressources à la puissance du marché. D’autre part, le rôle de la Suisse en tant que petit État prospère sera exposé dans le contexte des tensions entre les grandes puissances mondiales.
👉 Les inscriptions seront ouvertes dès début février.
Réservez votre place et découvrez comment la puissance économique se construit à petite échelle, ainsi que les stratégies qui font le succès des entreprises suisses dans un environnement mondial complexe.
Nous serions ravis de recevoir votre inscription et de vous accueillir personnellement lors de la Journée de l’industrie à Bâle.
