Avec une Europe au ralenti et une Chine représentant un défi de plus en plus grand, les acteurs de l’industrie tech suisse –machines, équipements électriques et métaux (MEM) – doivent examiner de plus près où la croissance se produit encore en APAC. L’entrée en vigueur de l’accord commercial AELE-Inde, une logique de chaîne d’approvisionnement « China+1 » qui mûrit, et l’accélération des dépenses en automatisation à travers l’Asie du Sud-Est redéfinissent le paysage des opportunités.
État des lieux : une année difficile, une région disparate
2025 s’est révélée une année difficile pour l’industrie tech suisse. Selon Swissmem, les volumes d’exportation dans le secteur de la construction de machines, des équipements électriques et des métaux ont stagné (+0,6%) au cours des trois premiers trimestres de l’année. Le tableau régional était plus révélateur : les exportations vers l’Asie ont chuté de 4,9 % et les expéditions vers les États-Unis ont baissé de 3,8 %, tandis qu’une nouvelle augmentation des exportations vers l’UE (+2,9%) a constitué le seul stabilisateur significatif. Pourtant, le tableau à l’intérieur de l’APAC est loin d’être uniforme.
En 2025, l’Inde s’est une fois de plus distinguée comme le seul marché de croissance majeur pour l’industrie tech suisse, même si les exportations vers la plupart des autres régions ont diminué. L’Asie reste une destination majeure pour les exportations suisses, représentant environ un quart du total des exportations suisses de marchandises, et continue de représenter une grande part de la demande mondiale de biens d’investissement. Pour les entreprises tech suisses, le défi n’est pas tant « si » elles agissent dans la région APAC, mais davantage d’affiner où, pour quoi et avec qui.
L’élan politique : AELE-Inde TEPA
Le développement structurel le plus significatif pour les exportateurs industriels suisses en APAC est l’Accord de partenariat commercial et économique (TEPA) entre les États de l’AELE et l’Inde, entré en vigueur le 1er octobre 2025. Après seize années de négociations, le TEPA est le premier accord de libre-échange conclu par l’Inde avec un regroupement européen – et il comprend un engagement contraignant lié à la promotion du site. Les États de l’AELE se sont engagés à faciliter 100 milliards USD d’investissements directs étrangers en Inde sur quinze ans, liés à la création d’un million d’emplois directs.
Pour les exportateurs suisses de machines, d’instruments de précision et de dispositifs médicaux, l’avantage principal est l’élimination ou la réduction progressive des droits de douane sur la grande majorité des produits industriels, sur un marché de 1,4 milliard de consommateurs où les droits à l’importation sont historiquement élevés. Le TEPA facilite également le séjour temporaire du personnel technique pour l’installation et la maintenance – un véritable facilitateur pour les fournisseurs de biens d’investissement. Un guichet unique, le Bureau Inde-AELE, a été mis en place pour accompagner les entreprises de l’AELE investissant en Inde.
Parallèlement, Swissmem continue de plaider pour la ratification des ALE avec la Thaïlande et la Malaisie, ainsi que pour la mise à jour des accords existants avec la Chine et le Japon. Des progrès dans ces domaines amélioreraient encore le cadre pour les exportateurs suisses dans toute la région.
« L’industrie tech suisse évolue dans un environnement exigeant, marqué par une demande stagnante en Europe et une pression concurrentielle croissante en Chine. La région APAC continue d’offrir un potentiel de croissance, mais le succès dépend d’une priorisation claire des marchés cibles, de l’établissement de partenariats locaux fiables et de l’investissement dans les capacités de service et d’application sur place. »
Adrian Vogel, membre de la direction et chef de la division Secteurs industriels, Swissmem
Chine
En Chine, l’initiative « Made in China 2025 » s’est transformée en une demande concrète pour des technologies de pointe sur mesure dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de l’industrie spatiale, des nouvelles énergies et des technologies médicales – des segments où les fournisseurs suisses conservent des avantages techniques clairs. Dans le même temps, la quête d’autosuffisance de la Chine augmente les coûts de conformité et oblige les fournisseurs étrangers à adapter leurs modèles go-to-market.
Asie du Sud-Est
La thèse « China+1 » n’est plus seulement un slogan. Le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie et l’Inde absorbent tous une véritable relocalisation manufacturière, notamment dans les secteurs de l’électronique, des semi-conducteurs, des composants pour véhicules électriques et de l’ingénierie de précision. L’analyse de cette tendance suggère que les meilleures opportunités pour les fournisseurs suisses de l’industrie tech résident moins dans la simple expansion des capacités que dans les améliorations de la qualité, de l’efficacité énergétique et de l’automatisation requises par ces nouveaux sites de production – précisément les domaines où la technologie suisse rivalise sur la valeur plutôt que sur le prix.
Japon et Corée du Sud
Le Japon et la Corée du Sud, quant à eux, restent des marchés exigeants mais lucratifs pour les composants de haute précision, les machines-outils et l’automatisation de niche, où la fiabilité éprouvée et les partenariats de service à long terme comptent plus que le prix affiché.
Les atouts de la Suisse : qualité, niches, proximité
Les entreprises industrielles suisses remportent rarement des contrats en Asie-Pacifique grâce au prix. Elles convainquent grâce à la précision, à la fiabilité, au savoir-faire des procédés et à leur capacité à résoudre mieux que quiconque un problème spécifique du client. Les secteurs où cela se vérifie aujourd’hui incluent les machines-outils et les outillages, la mesure et les tests, la technologie médicale, les équipements de production pharmaceutique, les composants de production d’énergie et des réseaux électriques, ainsi que les sous-systèmes spécialisés pour la fabrication de semi-conducteurs.
Deux leçons pratiques reviennent sans cesse. Premièrement, gagner le premier client est rarement la tâche la plus ardue – c’est souvent dans la fourniture de services après-vente fiables, de pièces de rechange et de support technique local que de nombreuses expansions échouent. Deuxièmement, le choix des partenaires est plus important que leur nombre : un distributeur ou partenaire de joint-venture bien choisi, disposant d’un véritable accès au secteur, surpasse généralement un réseau dispersé à l’aveugle.
Comment les entreprises suisses peuvent tirer profit
Pour les PME de l’industrie tech suisse, trois stratégies se révèlent payantes dans l’environnement actuel. La première consiste à utiliser le TEPA de manière délibérée : examiner les portefeuilles de produits au regard du tarif douanier, vérifier la conformité aux règles d’origine et intégrer l’accès préférentiel dans la tarification pour l’Inde dès le départ. La deuxième est de se diversifier au sein de l’APAC plutôt que de considérer la région comme un bloc unique – une présence en Asie du Sud-Est complète de plus en plus une présence en Chine, plutôt que de la remplacer. La troisième est d’investir tôt dans les capacités techniques et de service locales, car la demande des clients APAC pour la décarbonation, l’efficacité énergétique et les services numériques augmente rapidement et ne peut être traitée à distance depuis la Suisse.
S-GE et les Swiss Business Hubs présents dans la région, intégrés au réseau diplomatique suisse, peuvent accompagner les entreprises suisses tout au long du parcours d’exportation – de l’analyse de marché et du conseil stratégique aux modèles de gestion des partenaires de distribution et à l’exécution sur le terrain. Parmi les points d’entrée pratiques figurent les Ateliers Export de S-GE et les projets de Market Intelligence personnalisés pour les entreprises évaluant des opportunités spécifiques en APAC. Plus d’informations sont disponibles sur s-ge.com.
📌Utilisez le TEPA de manière délibérée
Passez en revue les portefeuilles de produits par rapport au tarif douanier, vérifiez la conformité aux règles d’origine et intégrez l’accès préférentiel dans la tarification pour l’Inde dès le premier jour.
📌Diversifiez-vous au sein de la région APAC
Un ancrage en Asie du Sud-Est compète de plus en plus la présence en Chine, plutôt que de la remplacer. Considérez la région comme plusieurs marchés distincts, et non comme un bloc unique.
📌Investissez dans le savoir-faire local
Les demandes de décarbonation, d’efficacité énergétique et de services numériques des clients de la région APAC augmentent rapidement et ne peuvent pas être traitées à distance depuis la Suisse.
Die Nachfrage von APAC-Kunden nach Dekarbonisierung, Energieeffizienz und digitalen Dienstleistungen steigt schnell an und kann nicht aus der Schweizer heraus bedient werden.
« Dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel, les entreprises suisses font face à plus de concurrents étrangers que jamais. Il est judicieux de réévaluer votre stratégie d’internationalisation et de vous adapter à ces forces externes, en utilisant les bons outils et en bénéficiant d’un soutien ciblé en cours de route. »
Daniel Bont, Senior Consultant, Switzerland Global Enterprise
🎯En résumé
La région APAC en 2026 n’est plus le simple moteur de croissance qu’elle était il y a dix ans, mais elle demeure le plus grand vivier mondial d’investissements industriels – et l’environnement politique pour les exportateurs suisses s’est considérablement amélioré avec le TEPA. Pour les entreprises tech suisses prêtes à affiner leur focalisation sur le marché, à investir dans des capacités de service locales et à utiliser de manière délibérée le nouveau cadre commercial avec l’Inde, la région continue d’offrir de véritables perspectives de croissance.
