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Économie circulaire : de grandes disparités dans le degré de maturité de la mise en œuvre

« Sur certains marchés, l’économie circulaire joue déjà un rôle central », déclare Tom Koch, responsable du département Économie circulaire chez Rytec Circular. Les obstacles sont importants, d’une part en raison de la complexité de l’industrie tech, et d’autre part en raison du manque de personnes qualifiées en la matière. Le 22 mai, Swissmem organise un webinaire avec des experts et expertes qui présenteront leurs expériences et des exemples concrets (en allemand).

Vous vous intĂ©ressez depuis longtemps dĂ©jĂ  Ă  la question de l’économie circulaire. Constatez-vous une Ă©volution dans la façon dont elle est perçue ?

Tom Koch : Rytec Circular fait Ă©tat d’une expĂ©rience sur les onze dernières annĂ©es. Ce que nous constatons, c’est que l’économie circulaire, en tant qu’aspect de la durabilitĂ©, est de mieux en mieux perçue. Il est rĂ©jouissant de voir que la perception s’accroĂ®t tant dans le secteur privĂ© que dans le secteur public et au sein de la sociĂ©tĂ© dans son ensemble, et que ces acteurs s’y intĂ©ressent sĂ©rieusement. 

Y a-t-il des tendances dans la mise en Ĺ“uvre ?

Le rapport 2024 sur l’état de l’économie circulaire en Suisse montre que la part des entreprises ayant mis en Ĺ“uvre de manière rigoureuse l’économie circulaire s’élève Ă  environ 10%. De plus, près d’une entreprise sur quatre intègre dĂ©jĂ  ce concept comme Ă©lĂ©ment fixe de sa stratĂ©gie, et la tendance est Ă  la hausse. 

En règle gĂ©nĂ©rale, nos clients commencent par Ă©valuer les potentiels Ă©conomiques et Ă©cologiques de l’économie circulaire dans leur contexte spĂ©cifique. Cela permet de clarifier la situation et de se concentrer sur les thèmes qui ont le plus d’impact. Nous intervenons ensuite pour les aider dans la transposition au niveau des produits, des processus et de l’entreprise (par exemple, Haag-Streit, Gehrig Group et Rent.Group). 

Selon vous, quels sont les principaux obstacles Ă  la mise en Ĺ“uvre de l’économie circulaire dans l’industrie tech ?

Nous voyons actuellement deux obstacles majeurs. D’une part, la complexitĂ© technologique et procĂ©durale caractĂ©ristique de la branche ; d’autre part, les obstacles propres Ă  l’entreprise, notamment en matière de qualifications, d’organisation et de culture d’entreprise. Certaines entreprises de l’industrie s’efforcent depuis longtemps dĂ©jĂ  de surmonter ces obstacles (par exemple SKF). Pour cela, il faut notamment ancrer ce thème dans la stratĂ©gie et le promouvoir en interne sur le long terme. 

Voyez-vous des dĂ©fis spĂ©cifiques pour la Suisse en gĂ©nĂ©ral, et pour une branche tournĂ©e vers l’exportation comme l’industrie tech en particulier ?

En matière d’économie circulaire et de modèles Ă©conomiques circulaires, la Suisse ne fait pas partie des pionniers Ă  l’échelle mondiale. En consĂ©quence, les collaborateur/rices, les cadres et les fournisseurs ont peu d’expĂ©rience en la matière. Les bons exemples sont rares et difficiles Ă  trouver. Nous avons du retard Ă  rattraper : c’est cela, le dĂ©fi Ă  relever. Une branche tournĂ©e vers l’exportation doit veiller Ă  ne pas se laisser distancer et Ă  conserver son accès aux marchĂ©s. Sur certains marchĂ©s, l’économie circulaire joue dĂ©jĂ  un rĂ´le central. Au niveau europĂ©en, par exemple, cette question est Ă©troitement liĂ©e au règlement sur l’écoconception des produits durables (ESPR), au passeport numĂ©rique des produits (DPP), Ă  la directive sur le droit Ă  la rĂ©paration et Ă  la loi sur les matières premières critiques (CRMA). 

La Suisse se distingue notamment par un environnement stable, de solides capacités en matière d’innovation et de recherche, une main-d’œuvre hautement qualifiée, de bonnes infrastructures et une économie interconnectée. Ce sont là d’excellentes conditions de base pour la mise en œuvre de l’économie circulaire. Celle-ci exige toutefois des entreprises qu’elles innovent au-delà des processus et des modèles économiques habituels.

La lĂ©gislation a elle aussi Ă©voluĂ©, tant en Suisse que dans l’Union europĂ©enne. Le ressentez-vous dĂ©jĂ  dans la pratique ?

La pression de mise en Ĺ“uvre s’intensifie. Nous constatons un besoin croissant en matière de conseil chez nos clients suisses orientĂ©s vers l’exportation. Certains pays de l’UE n’ont pas attendu le premier paquet de mesures relatives Ă  l’économie circulaire de la Commission europĂ©enne en 2015 et ont dĂ©jĂ  mis en place depuis longtemps des exigences en matière d’économie circulaire. Les entreprises suisses sont aujourd’hui confrontĂ©es Ă  des marchĂ©s oĂą les entreprises, les consommateurs et les acheteurs publics ont des exigences minimales en matière de conception circulaire et de modèles Ă©conomiques circulaires. 

Cette pression n’est pas encore perceptible dans la mĂŞme mesure en Suisse, mais on observe ici une Ă©volution positive. La rĂ©vision de la loi fĂ©dĂ©rale sur les marchĂ©s publics (LMP) en 2021 a jetĂ© les bases juridiques et politiques permettant d’intĂ©grer de manière contraignante les principes de durabilitĂ© et d’économie circulaire dans les marchĂ©s publics. Depuis lors, on observe une professionnalisation croissante tant du cĂ´tĂ© des fournisseurs que de celui des acheteurs (voir la plateforme de connaissances sur les achats publics responsables, PAP). 

OĂą les entreprises peuvent-elles le mieux Ă©changer leurs expĂ©riences sur la mise en Ĺ“uvre de l’économie circulaire ?

Ces dernières annĂ©es, le nombre de manifestations et de formats d’échange consacrĂ©s Ă  ce thème a fortement augmentĂ©. Des initiatives privĂ©es, cantonales et municipales sont rĂ©parties dans toute la Suisse. Cela est particulièrement important pour la mise en rĂ©seau des collaborateurs et collaboratrices qui travaillent sur ce sujet. 

Ce sont les initiatives sectorielles ou les formats de dialogue qui ont le plus d’impact sur les entreprises, car ils crĂ©ent un espace neutre permettant de se concentrer sur la suppression d’obstacles intersectoriels ciblĂ©s. Dans ce contexte, il est essentiel de prendre en compte aussi bien le cĂ´tĂ© de l’offre que celui de la demande. En tant que co-organisateurs, nous avons nous-mĂŞmes fait de bonnes expĂ©riences avec ce que l’on appelle les « tables rondes sectorielles Â» (Industry Roundtables) dans les branches de l’ameublement et des TIC.     

Que pensez-vous des rĂ©sultats de l’étude actualisĂ©e de la Haute Ă©cole spĂ©cialisĂ©e bernoise ? En particulier pour l’industrie tech ?

Je ne suis pas surpris que les entreprises de l’industrie tech obtiennent de meilleurs rĂ©sultats que celles des autres branches. En règle gĂ©nĂ©rale, les biens d’équipement ont une valeur rĂ©siduelle plus Ă©levĂ©e en termes de matĂ©riaux et d’utilisation, affichent une longue durĂ©e de vie et sont utilisĂ©s sur plusieurs pĂ©riodes. Ce sont lĂ  de bonnes conditions prĂ©alables pour les modèles Ă©conomiques circulaires. C’est ce que dĂ©montre par exemple Avesco, Ă  Langenthal, depuis de nombreuses annĂ©es avec son offre « Cat Certified Rebuild Â». 

Toutefois, ces rĂ©sultats ne sont qu’indicatifs. Le dĂ©fi rĂ©side gĂ©nĂ©ralement dans les spĂ©cificitĂ©s de chaque entreprise. Dans l’industrie tech, il existe encore de grandes disparitĂ©s quant au degrĂ© de maturitĂ© de la mise en Ĺ“uvre de l’économie circulaire. Chaque entreprise doit alors se poser les questions suivantes :

  • Est-ce que je comprends les mĂ©canismes de rentabilitĂ© pertinents de l’économie circulaire ?
  • Ai-je identifiĂ© mon potentiel Ă©conomique ?
  • Dans quelle mesure ce thème est-il intĂ©grĂ© dans la stratĂ©gie ?
  • Mes processus sont-ils conçus pour ĂŞtre efficaces dans ce domaine ?
  • Quelle offre a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e Ă  partir de cela ?
  • Quels sont les effets Ă©conomiques et Ă©cologiques que cela me permet d’obtenir ?
  • Quelles possibilitĂ©s d’évolution ai-je identifiĂ©es ? 

Swissmem organise un webinaire (en allemand) le 22 mai 2026, de 10h30 Ă  12h00, avec la participation de divers intervenants, dont Tom Koch.

Programme et inscription

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Dernière mise à jour: 14.04.2026