Par Michael Perricone
Werner Salzmann, conseiller aux États UDC du canton de Berne, est encore plus sollicité que d’habitude ces dernières semaines : il participe à de nombreuses tables rondes, intervient dans des débats et est également l’invité du dernier épisode de TecTalk. Selon lui, la nouvelle loi modernisée sur le matériel de guerre (LFMG) est déterminante pour la Suisse, et non pour l’étranger. Il s’engage pleinement en faveur de cette révision. « Nous avons besoin d’une industrie nationale de l’armement pour garantir la maintenance et le fonctionnement de notre armée. » Mais le marché suisse ne suffit pas à lui seul à assurer la survie de l’industrie de la défense locale : « Les commandes de notre armée ne permettent pas, à elles seules, de faire vivre l’industrie suisse de l’armement. Pour assurer sa pérennité, celle-ci doit donc pouvoir exporter. »
Une base industrielle vitale pour l’armée suisse
C’est précisément en période de crise que la base industrielle dans le domaine de l’armement se révèle indispensable. Si les frontières étaient fermées et que les chaînes d’approvisionnement étaient interrompues, la Suisse devrait pouvoir compter sur de la main-d’œuvre qualifiée, du savoir-faire et des pièces de rechange pour assurer elle-même la maintenance de ses systèmes. Werner Salzmann met en garde : « Sans cette industrie en Suisse, notre armée ne serait plus qu’une façade, une farce. »
La révision de la LFMG peut permettre aux entreprises suisses de redevenir des partenaires internationaux fiables. Les règles restrictives mises en place en 2021 ont déjà coûté de nombreuses commandes aux entreprises suisses. De plus, les investissements et les compétences partent à l’étranger : certaines entreprises suisses ont déjà délocalisé leurs activités. Une évolution qui, selon Werner Salzmann, affaiblit directement la capacité de défense du pays.
Un échange de bons procédés
À l’inverse, la capacité d’exportation de l’industrie suisse de la défense garantit, même en temps de crise, l’accès à des biens que la Suisse ne produit pas elle-même : « Les exportations sont aussi un moyen d’échange avec d’autres pays. Elles nous permettent d’obtenir du matériel que nous ne fabriquons pas nous-mêmes. »
Pour Werner Salzmann, cela n’est pas incompatible avec la neutralité, mais permet au contraire de lui donner une assise matérielle : « Nous voulons une neutralité armée. Mais si nous n’avons pas les moyens militaires de la défendre, notre neutralité ne sera qu’une farce. » Parallèlement, les contrôles resteraient en place et le Conseil fédéral pourrait suspendre les exportations.
Les armes protègent
Il rejette également l’argument selon lequel les biens d’armement ne serviraient qu’à attaquer : « Les armes ne servent pas uniquement à attaquer. Elles servent aussi à protéger ! » Les véhicules blindés, ainsi que les systèmes d’observation et de transmission peuvent protéger les populations et les États contre les attaques.
Pour Werner Salzmann, la votation se résume donc à une question de principe : la Suisse est-elle capable d’assurer sa sécurité et son indépendance par ses propres moyens ? Sa réponse est sans équivoque : « Si, en Suisse, notre industrie de l’armement disparaît, nous ne pourrons plus assurer la maintenance de notre matériel en temps de crise. Et nous perdrons notre capacité à garantir une neutralité armée. »